Doit-on rattraper les prières manquées pour cause d’évanouissement ?

Lorsque quelqu’un perd connaissance, il est possible que les plages horaires de plusieurs prières passent avant qu’il reprenne conscience.

Si tel est le cas, doit-il rattraper la/les prière(s) non accomplies durant ce laps de temps ?

Précisons, avant d’exposer les avis des 4 imams, qu’il n’y a pas de hadith traitant spécifiquement de cette question comme l’indique Ibn ‘Abdi-l-Barr dans son livre « Al-Istidhkâr » cité à la fin de cet article. Ainsi, outre les opinions rapportées de certains compagnons et tâbi’în (génération ayant succédé aux compagnons), les savants ont dû recourir à l’effort d’interprétation (اجتهاد / ijtihâd), et plus précisément au raisonnement par analogie (قياس / qiyâs) afin de trouver une solution.

En effet, en l’absence de hadith explicite sur le sujet, il a fallu rattacher le cas particulier de l’évanouissement à un cas présentant des similitudes et pour lequel il existe un hadith.

Comme exposé ci-après, les imams ont eu des opinions divergentes sur cette question, en fonction du cas de figure auquel ils ont associé l’évanouissement.

Selon l’imam Mâlik et l’imam Châfi’î, il n’a pas à rattraper cette/ces prière(s). Il y a cependant une nuance entre les deux opinions. En effet, dans la mesure où il existe un « waqt darûrî – temps de nécessité » selon l’imam Mâlik (voir article 1), si une personne reprend connaissance durant le temps du ‘Asr ou du ‘Ichâ, alors elle devra respectivement rattraper la prière du Dhuhr ou du Maghrib. Or, cette notion n’existe pas dans la vision de l’imam Châfi’î, selon qui les prières du Dhuhr ou du Maghrib ne seront pas à rattraper dans un tel cas de figure.

Ainsi, les imams Mâlik et Châfi’î ont rattaché le cas de la personne évanouie à celui de la personne atteinte de folie (majnûn / مجنون), autrement dit à une perte temporaire de la raison.

Ils s’appuient également sur le fait que ‘Abdullah ibn ‘Umar, qu’Allah l’agrée, n’a rattrapé aucune prière lorsque cela lui est arrivé, d’après ce qui est rapporté par l’imam Mâlik dans son ouvrage « Muwattah » :

وَحَدَّثَنِي عَنْ مَالِكٍ، عَنْ نَافِعٍ أَنَّ عَبْدَ اللَّهِ بْنَ عُمَرَ أُغْمِيَ عَلَيْهِ، فَذَهَبَ عَقْلُهُ، فَلَمْ يَقْضِ الصَّلَاةَ

قَالَ مَالِكٌ: وَذَلِكَ فِيمَا نَرَى، وَاللَّهُ أَعْلَمُ، أَنَّ الْوَقْتَ ذَهَبَ. فَأَمَّا مَنْ أَفَاقَ وَهُوَ فِـي وَقْتٍ فَإِنَّهُ يُصَلِّي (الموطة)

Aussi, l’imam Nawawî précise dans son livre « Al-majmû’ », en exposant l’opinion de l’école de l’imam Châfi’î, que la perte de connaissance ne doit pas être causée par un acte interdit, comme serait le cas d’un coma éthylique provoqué par la consommation d’alcool. Voici ce que dit précisément l’imam Nawawî :

من زال عقله بسبب غير محرَّم، كمن جُنَّ أو أغمي عليه أو زال عقله بمرض أو بشرب دواء لحاجة أو أكره على شرب مسكر، فزال عقله، فلا صلاة عليه، وإذا أفاق فلا قضاء عليه (المجموع).

Selon l’imam Abû Hanîfah, il doit rattraper jusqu’à concurrence de 5 prières. Autrement dit, si les heures de 6 prières sont passées pendant qu’il était inconscient, alors il n’aura aucune prière à rattraper lorsqu’il reprendra connaissance ;

Enfin, selon l’imam Ahmad, il doit rattraper toutes les prières manquées, quel qu’en soit le nombre.

L’imam Abû Hanîfah et l’imam Ahmad ont pour leur part fait le rapprochement entre la personne évanouie et la personne endormie en ce sens que l’un comme l’autre sont inconscients de ce qui se passe autour d’eux.

Toutefois, il convient de préciser que les savants hanbalîs contemporains, tel que Chaikh Al-‘Uthaymîn, s’alignent généralement sur l’opinion des imams Mâlik et Châfi’î, notamment pour tenir compte des cas de comas artificiels prolongés (qui peuvent parfois durer plusieurs années) qui n’existaient pas durant les premiers temps de l’Islam.

ليس في المسألة حديث مسند. وذهب مالك والشافعي مذهب ابن عمر، وهو قول طاوس والحسن وابن سيرين والزهري والأوزاعي، وكل هؤلاء (دون الشافعي) يجعل وقت الظهر والعصر النهار كله إلى المغرب، ووقت المغرب والعشاء الليل كله، والـمُغمَى عليه مرفوع القلم، كالـمجنون.

وقال أبو حنيفة وأصحابه: إن أُغمِيَ عليه يومًا وليلة (خمس صلوات) قضى، وإن أغمي عليه أكثر لم يقضِ، وهو قول النخَعي وقتادة وابن راهَويه. وأغمي على عمّار بن ياسر يومًا وليلة فقضى، وروي مثل ذلك عن عِمران بن حُصَين (مصنف ابن أبي شيبة).

وقال أحمد: يقضي كل صلاة في أيام إغمائه، كالنائم عن الصلاة (الاستذكار)

Wallâhu A’lam.